David Mesguich

Ce travail débute par un parcours. Muni d’un appareil photo et d’une carte de transport, je sillone les artères de la ville, n’utilisant que hasard et obstacles pour me guider. La régle est simple, dés que mon mouvement est entravé ou stoppé je réalise un cliché qui sera développé plus tard par le dessin.

Autours de nous, barbelés, grillages, caméras conditionnent. Signalétiques et publicités participent à un vocabulaire nous intimant quoi faire et quoi penser. Cette surexposition me conduit à ne plus voir les messages eux-mêmes mais davantage ce qu’ils masquent, un espace public à l’esthétique de plus en plus carcéral.

Pourtant il y a de la beauté dans cette tristesse; c’est aussi ce que je tente de saisir. Je recherche par mes prises de vues ce qui ne m’apparaît plus au premier regard, j’en arrive presque à aimer ce qui m’oppresse et c’est ce paradoxe qui m’intéresse le plus. Un attrait ambigu comme chercher des raisons d’aimer lorsque l’on arrive plus a les voir. C’est par le dessin à l’encre que je développe ces réflexions, à l’aide d’outils provenant de l’univers du nettoyage industriel, et de la construction. Mes compositions sont des architectures, des assemblages de traits ne servant que leur sens. Il ne s’agit pas de montrer l’envers du décors, mais au contraire l’endroit à travers son aspect le plus brut.

Mesguich ne dira rien. ( par Alain Declercq artiste )

Des histoires de gangsters et de pétarades, David Mesguich en connaît plein, mais il a décidé de se taire. Alors dans son travail il n’y a rien à voir, on a tout raté. Arrivés trop tôt ou trop tard. Il y a des hangars, des coins pourris, des grilles et des arrières boutiques où on se raconte des histoires, mais ce potentiel narratif il faut qu’on se le construise tout seul… Les espaces sont désertés, pas un homme, pas une femme, pas une balle, pas une piste. Et David ne dit rien, comme un serment à l’ancienne, une règle d’or. J’suis pas une balance.

Heureusement, on peut se contenter de regarder et d’apprécier. Même si on cherche des indices, on se fait avoir par la qualité des dessins, plein de virtuosité. Mais pas prétentieux, David est un type discret. Discret, marcheur et curieux, c’est une bonne base pour faire un enquêteur. Comme David n’était pas destiné à une carrière militaire, il enquête à son propre compte. Crayon et carnet, comme un voyageur. Des histoires il en voit, à New York, à Paris, à Jérusalem, en marchant et en notant. Nous en livrant quelques fragments, quelques pièces éparses et ambiguës. À nous de nous démerder. Il y a quelques années, il m’en a raconté une, incroyable, avec détails et preuves, avec précision, un truc à vous glacer le sang et à vous faire chialer d’empathie. Je raconterais bien, mais j’suis pas une balance.

Nous vous proposons une sélection de dessins de l’ artiste, à l’encre de chine, et feutres à l’alcool, visible cet été, dans notre galerie à Arles, 32 rue du Dr Fanton.

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